Seitentitelbild1 Club franco-allemand Seitentitelbild3 Seitentitelbild5 de Radolfzell

Histoires franco-allemandes

Ici nous publions des petites histoires franco-allemandes.
Vous avez vécu aussi une expérience agréable, drôle ou triste?
Nous serions très heureux si vous nous la racontiez.

Je remercie bien mon neveu Louis Manuel près d'Auxerre, qui a rédigé les textes français!

Et voici les premières histoires.

Une histoire de "truc"

Durant les années 60, je passais régulièrement une partie de mes vacances d'été au lac de Gérardmer dans les Vosges.
Très vite, j'eus des contacts avec des Français qui jouaient à la pétanque, au camping où j'avais installé ma petite tente. Malgré mes connaissances en français, j'avais des difficultés pour communiquer.
A l'école on apprenait surtout à lire et à écrire mais on pratiquait peu l'oral. Je comprenais plus ou moins ce qu'ils disaient, mais le problème était de leur répondre: une hésitation sans fin! De plus en plus souvent j'entendais les mots "truc", "machin", "bidule" et "chose". Les plus utilisés étaient "truc" et "machin". On m'avait alors expliqué que ces termes voulaient dire à peu près la même chose, à savoir un mot qui en remplace un autre qui ne vient pas immédiatement à l'esprit. A partir de ce moment là, je n'avais plus de problèmes pour m'exprimer. Tout le monde me comprenait quand je disais "donne-moi le truc s'il te plaît" en montrant du doigt le cochonet.
Des années plus tard j'ai raconté cette histoire à un professeur d'un lycée français. Il a souri et il m'a expliqué que ces mots étaient plutôt à éviter car populaires. Une demi-heure plus tard, je lui faisais remarquer qu'il venait de prononcer le mot "truc" quatorze fois!

W. Raith



Repas à la française

En 1958, j'avais 15 ans. Notre voisin, Monsieur Winkler, me demanda d'accompagner sa famille en France pour leur servir d'interprète. Son fils Klaus, 14 ans, participait à un programme scolaire, et ils avaient été invités à venir à Nancy par les parents d'un élève français.
Malgré mon objection, mes connaissances en français étaient très faibles, M. Winkler insista: "Avec un bon dictionnaire ça ira très bien".
Deux semaines plus tard, à sept heures du matin, nous partions de Stuttgart et vers midi nous arrivions chez la famille Rouyer.

Ignorant les usages français, je fus surpris quand la dame, qui ne me connaissait point, m'embrassa. "Je suis Jacqueline", dit-elle. "Voici mon mari Raymond et ce jeune homme c'est Pierre".
Vers 13 heures, après une conversation qui me sembla durer des heures car j'étais constamment en train de feuilleter le dictionnaire, on se mit à table. Aux adultes on offrit du "Pastis" et du "Kir Royal" et à nous trois garçons, du Vittel Menthe et de la Grenadine. En accompagnement, on nous servit des arachides et des espèces de cerises vertes et noires. Je les goûtai seulement après plusieurs sollicitations. Il y a bien un proverbe souabe qui dit "Ce que le paysan ne connaît pas, il ne mangera pas".
Plusieurs années plus tard j'ai commencé à apprécier ces trucs verts et noirs nommés "olive".

Quand on servit le repas je fus très surpris. D'abord, Pierre apporta un pain blanc d'au moins 80 cm (une baguette comme on nous l'expliqua) et le rompit en petit morceaux.
J'avais l'habitude de manger chaud le midi, mais on nous servit du pain, du beurre, du jambon cru et cuit et un pâté très fin d'une couleur jaune assez curieuse.
Je demandai ce que c'était. "C'est du <fwa> gras" nous expliqua Pierre. Mais comment traduire? Je ne voulais pas recommencer à feuilleter le dictionnaire. Le mot "gras" me disait quelque chose, mais <fwa>? Je connaissais deux mots qui se prononçaient ainsi, d'abord "fois" comme "trois fois" et la foi (confiance). J'expliquai donc à mes compatriotes allemands qu'il s'agissait de "grasse confiance", une spécialité française avec des ingrédients divers.
Plus tard je trouvai dans le dictionnaire qu'il s'agissait du foie gras, une spécialité assez chère.
Comme boisson M. Raymond servit un vin blanc doux et pour nous jeunes, de l'eau et du jus de pommes.

Une demi-heure plus tard, Madame commença à desservir, non sans nous avoir demandé si nous en voulions encore. Une question étonnante car nous avions tout fini! Et nous remerciâmes poliment.
Peut-être maintenant le dessert?

Mais Raymond vint avec une bouteille de vin blanc et une autre baguette, et, derrière lui, Jacqueline avec un plat de légumes et un plat de poissons. Pierre apporta une autre baguette. J'avais l'intention de ne plus rien manger, j'étais rassasié! Mais quand Jacqueline me tendit le poisson et les légumes je me remémorai les mots de mes parents "prends en toujours un petit peu par politesse" et je choisis le poisson le plus petit.
Heureusement les Rouyer mangeaient très lentement et personne ne remarqua les difficultés que j'avais à mâcher et à finir mon plat. Avec beaucoup de volonté, je pus tout finir.

Puis Raymond offrit un "trou normand" aux adultes. Il était maintenant 15 heures passé et Klaus et moi nous étions un peu inquiets!

Quand Raymond arriva avec une bouteille de Bourgogne je craignis le pire: toujours pas fini?
Et la "catastrophe" vint sous la forme de purée de pommes de terre et de bœuf bourguignon.
Quand Jacqueline vit nos visages horrifiés, elle nous dit bien aimablement "prenez votre temps", ce que nous fîmes volontiers.

Quand tout le monde eut fini, Raymond alla chercher une nouvelle bouteille de vin rouge, du Bordeaux si je me rappelle bien.
Du vin avec le dessert? Mais non, Jacqueline apporta un plat de fromage avec au moins dix sortes différentes. Ah, le proverbe allemand "Käse schließt den Magen" (littéralement: "le fromage ferme l'estomac").
Courageusement je pris alors un petit bout de fromage qui avait l'air d'être pourri. Ce fromage "pourri", le Roquefort, est devenu mon fromage préféré.

Il était maintenant presque 17 heures et Madame nous offrit des glaces avec de la crème chantilly et du café avec des petits fours pour ceux qui en voulaient.

Au moment du dîner vers 21:00, nous, les garçons allemands, avions trouvé toutes les excuses pour ne pas devoir nous mettre à table!

"Mon Dieu, c'est fou ce que les Français mangent!", pensai-je avant de m'endormir!

Des années plus tard, après de nombreux voyages en France, je me souvins de cette première expérience. Et je me demandai ce que la famille Rouyer avait dû penser de nous!

"Mon Dieu, c'est fou ce que les Allemands bouffent! Ils ont fini l'entrée qui était prévue pour plusieurs jours, et ça, à une telle vitesse, qu'on aurait cru qu'ils n'avaient pas mangé depuis trois jours".

W. Raith



Un peu de fromage s'il vous plaît?

A la fin d'une année couronnée de succès, le propriétaire d'une jeune entreprise d'informatique invita ses douze collaborateurs à passer un week-end à Paris.
Une fois arrivés à l'hôtel, après quelques minutes pour récupérer et un brin de toilette, on se retrouva au bar de l'hôtel pour décider de la suite à donner à la soirée.
Aucun de nous n'avait de connaissances en langue française. Nous avions toutes les difficultés pour obtenir du barman la recommandation d'un restaurant.
"Alle Mann?1", demanda-t-il plusieurs fois, apparemment parce qu'il connaissait le mal qu'il y a de réserver une table pour 12 personnes pour le soir même. "Ja, alle Mann", répondit notre chef.

Le barman n'ayant pu nous renseigner, nous essayâmes alors d'en trouver un par nos propres moyens. Et des restaurants il y en avait beaucoup, mais toujours avec des tables trop petites et sans espaces. Et les menus affichés aux portes d'entrée - du chinois pour nous! Le seul mot que nous comprenions était "menu". On saisit plus tard la signification du terme "couvert" présent systématiquement sur les menus dont les montants tournaient aux alentours des 7 francs.

Après une longue recherche, nous trouvâmes enfin un restaurant qui ressemblait un peu à un "jardin de bière allemand", avec de grandes tables et de longs bancs.
Quand nous vîmes "pied de cochon" sur la carte du menu, tout le monde sachant ce qu'était un cochon, s'agissant certainement d'escalope de porc, nous étions certains de ne pas être déçus.
Nous commandâmes donc tous du "pied de cochon" en montrant du doigt sur la carte.

Nous avions tous une faim de loup et nous fûmes ravis de voir arriver rapidement une soupe que nous n'avions pas commandée. Nous comprîmes plus tard que la soupe était obligatoire car comprise dans le menu.

Nous attendions maintenant avec impatience notre escalope!
Mais quelle déception! On nous servit des os avec peu de viande et beaucoup de peau.

Puis, à notre grande joie, le garçon apporta un grand plateau avec un tas de différentes sortes de fromages accompagnés de beaucoup de pain. Tout le monde pouvait manger à sa faim.
Le garçon faillit avoir une crise cardiaque quand il vit le plateau vide. Ce qu'il cria à travers la salle nous ne le comprîmes pas, heureusement. Nous avions l'impression qu'il était amateur de produits d'une entreprise allemande très renommée, car il vociférait tout le temps "sales boches" et pour nous, il s'agissait certainement de l'entreprise Bosch.

Cette histoire s'est probablement répandue très rapidement en France, car aujourd'hui, partout, le fromage y est servi par garçon ou sur assiette.
Quand on me sert du fromage, je me rappelle cette histoire. Et lorsque le garçon me demande ce qui me ferait plaisir, je réponds avec un grand sourire "un peu de tout".

1 ... Alle Mann (vous tous) se prononce comme "Allemands"

W. Raith



"Lait d’anis"

En 1953, huit ans après la fin de la guerre, j’avais dix ans. Enfin, le ciel était dégagé. En rentrant à la maison, je vis dans notre cour une moto grise métallique, une vraie moto! On n’en avait jamais vue chez nous. Elle avait deux grands pots d’échappement étincelants et bleus au bloc moteur, ainsi qu’une plaque d’immatriculation étrangère. Sur le réservoir, on pouvait lire "Horex" et on pouvait voir bon nombre de moustiques écrasés sur le pare-brise. Il devait donc avoir fait beaucoup de chemin. Bien entendu, je me suis tout de suite renseigné auprès de mes parents pour savoir d’où venait cet engin.

un grand homme élancé était assis dans la cuisine. Il avait un visage comme le chef indien de mes romans "Winnetou", la peau tannée et quelques balafres sur le visage. Son langage fut quelque peu étrange, mais je compris certains mots.

Mon père m’expliqua que monsieur Weber avait fait en moto le trajet d’Alsace jusque chez nous, au lac de Constance. Il voulait revoir ses amis. Cela me parut étrange, puisque les Français étaient pourtant nos ennemis! Mais mon père m’expliqua tout : Après la guerre, monsieur Weber avait travaillé ici à l’entreprise "Radolfwerk". Puisque mon père y travaillait également, ils avaient fait connaissance et étaient devenus amis. Après le retour de monsieur Weber en Alsace, ils s’étaient perdus de vue. Et voilà que monsieur Weber se présente à notre porte. Nous passâmes quelques journées agréables en compagnie de notre hôte. Il invita ma sœur et moi à passer les vacances dans sa famille en Alsace. Bien évidemment, nous étions immédiatement d’accord.

Monsieur Weber vint nous chercher dans sa Renault 4 CV. Pour la première fois nous partions en vacances et en plus en France! Nous passâmes par Singen – jusque-là l’excursion la plus éloignée – puis par Donaueschingen, Neustadt, Fribourg (une ville énorme!) jusqu’à Brisach. C’est là que nous traversâmes le Rhin. "À présent, nous sommes déjà en France" nous dit monsieur Weber. La prochaine ville fut Markolsheim. Étions-nous à nouveau en Allemagne ? Mais monsieur Weber nous expliqua : c’est le nom allemand d’une ville française, puisque l’Alsace avait été allemande. Je remarquai tout de suite qu’il n’y avait que des maisons basses, aux porches très larges et des géraniums sur les murets des jardins. Des cigognes noires et blanches étaient perchées sur les toits des maisons et dans les jardins. Bientôt nous arrivâmes à Hilsenheim, un petit village avec une auberge et une église. Monsieur Weber était chez lui et nous en vacances.

Madame Weber nous accueillit cordialement. Elle avait des seins comme je n’en avais jamais vus auparavant. Pour les yeux d’un garçon de dix ans, c’était impressionnant. Elle m’appelait toujours "s’bievelè". J’étais fier d’avoir appris mon premier mot de français. Car en France, on parle français!

Le dimanche, les cloches de l’église avaient commencé à sonner, madame Weber nous envoya à l’église, pendant qu’elle préparerait le repas. L’auberge se trouvant sur le chemin de l’église, monsieur Weber, tout en faisant un clin d’œil, nous y fit directement entrer. Les cloches avaient cessé de sonner.

Monsieur Weber nous commanda un lait d’anis. Tout le monde en buvait. Monsieur Weber joua aux cartes avec ses amis, pendant que nous buvions notre lait d’anis. Quel goût délicieux d’anis bien sucré! Une fois les verres vides, on nous versa un liquide transparent dans nos verres. Sur la bouteille on pouvait lire "Pastis", ce qui ne me disait rien. Ensuite, on ajouta de l’eau pour remplir les verres et voilà qu’on avait notre "lait d’anis". Jusque-là, je ne connaissais l’anis que dans les gâteaux de Noël (les "Springerle"). Mais j’avais l’impression que ce lait anisé rendait léger et décontracté. En rentrant, nous nous sommes tenus par la main, moi et ma sœur, en nous soutenant mutuellement.

Entretemps, madame Weber avait préparé un "Hasenpfeffer" (un lapin au poivre). Nous n’avions jamais goûté à ce plat. Mon père avait bien raison lorsqu’il disait qu’on attrape les lapins en leur saupoudrant la queue avec du poivre. Le lapin était farci d’une sorte de "Bauchlappen". Et monsieur Weber parlait bien d’une "lapenne". Ces Alsaciens ont vraiment de drôle de plats, ils cuisent des chiffons (Lappen, le mot allemand pour un chiffon)!

Lundi, nous avions une telle soif, comme jamais ressentie auparavant, que le "Hahnenwasser" (l’eau du coq, en fait de l’eau du robinet) nous paraissait exquise. Encore aujourd’hui, je vois le sourire malicieux sur le visage de monsieur Weber, qui malheureusement est décédé depuis quelque temps.

A la maison, nous racontions à nos parents que c’était très beau et que les Alsaciens buvaient du lait d’anis et cuisent des chiffons.

Entretemps, j’ai appris un peu de français et je sais bien que le terme "Lappen" désignait en fait le lapin. Et je sais également que le Pastis contient environ 54% d’alcool, ce qui explique l’effet merveilleux de notre "lait d’anis"! De même, j’ai compris que "s’bievelè" n’est pas français, mais alsacien pour le petit garçon (das Bübele).

E. Baur



"Torse nu"

Sur l'invitation d'une députée du parlement européen, nous avons pu passer deux jours à Strasbourg. Après l'avoir accompagnée toute la journée durant son travail, elle nous invita le soir dans un restaurant très élégant, dans le "Quartier des Tanneurs".
Elle insista pour venir nous chercher à 20h00 à l'hôtel.
Quand, à 20 heures pile, le portier annonça sa visite, mon épouse était encore très occupée dans la salle de bain. Je lui demandai de se dépêcher. Quelques minutes plus tard, elle était prête. En toute hâte, et comme il faisait très froid, nous prîmes nos manteaux et descendîmes à la réception.
Nous nous excusâmes pour le retard, suivîmes la dame à sa voiture et partîmes au restaurant.
Bien qu'il y eut beaucoup de monde, en entrant, j'eus l'impression qu'il y avait plus de personnel que de clients.
Trois garçons nous aidèrent à enlever nos manteaux. Je me retrouvai sans veste.Croyant qu'elle était restée dans le manteau, je me dépêchai de l'en sortir.
Mais, horreur, pas de veste. Je l'avais oubliée à l'hôtel! Ah, si je pouvais disparaître! Et comme un voleur, je me faufilai à notre table.
Gêné, je ne pouvais pas apprécier le menu qui, à l'avis de mes compagnons, était délicieux, tellement j'étais préoccupé par les autres clients qui semblaient me regarder tout le temps.

W. Raith